"Nous organisons la riposte face au déni de démocratie et au coup d'Etat que
représente la ratification, en plus sans débat, de la constitution
européenne.
APPEL
En 2005, les citoyennes et les citoyens de notre pays et des Pays-Bas ont refusé la « constitution » européenne que les chefs d'Etat de gouvernement avaient adoptée. Dans plusieurs pays, elle n'a jamais été ratifiée. Fin juin 2007, les chefs d'Etat et de gouvernement ont lancé une procédure éclair pour un nouveau traité européen, sans débat populaire, sans referendum.
Contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy, ce n'est pas un « mini-traité ». Sous un autre nom et une autre forme, il reprend l'essentiel de la « constitution » rejetée.
Contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy, « le respect de l'économie ouverte de marché où la concurrence est libre » restera la pierre angulaire de la construction européenne à laquelle tout est subordonné. Aucune des principales exigences soulevées dans le débat sur le traité constitutionnel n'est prise en compte : services publics, égalité hommes-femmes, laïcité, préservation de l'environnement et des ressources non renouvelables, Europe sociale, refus de la libre circulation des capitaux et du dumping fiscal, surpuissance et missions de la banque centrale européenne (BCE), politique de paix, fonctionnement démocratique de l'Union européenne. Rien.
Les services publics restent soumis aux règles de la concurrence. La référence aux « héritages religieux » est maintenue. Aucun des obstacles à l'amélioration des règles sociales n'est levé. Les politiques environnementales sont stérilisées par les choix économiques ultra-libéraux. Le pouvoir de la BCE est préservé. L'inscription de la défense européenne dans la politique de l'OTAN, c'est à dire sa soumission aux Etats-Unis, et la militarisation de l'Europe sont confortées. La charte des « droits fondamentaux », déjà très insuffisante, reste vidée de toute portée pratique. Et, comme prévu par le traité constitutionnel, le système institutionnel actuel, profondément anti-démocratique, n'est pas vraiment transformé. Bref, on retrouve tout ce qui fait de l'Europe une zone aménagée de libre échange et de promotion des politiques néo-libérales, au lieu qu'elle se construise démocratiquement et propose une autre voie que le règne sans partage des multinationales et des marchés financiers.
Nous sommes des partisans déterminés d'une Europe émancipée de cette tutelle des puissances financières, capable de refuser les politiques de domination agressive et les interventions militaires pour mettre en oeuvre de nouvelles relations internationales, notamment avec les pays du Sud. Nous voulons une Europe fondée sur le refus de toutes les discriminations, le respect effectif de la diversité culturelle et la convergence par le haut des droits sociaux, des normes environnementales et des protections des consommateurs. Nous voulons une Europe bâtie sur la volonté et la souveraineté populaire. Voilà pourquoi nous refusons ce nouveau traité. Et nous proposons une démarche : l'élaboration d'un nouveau texte fondateur à la suite d'un processus démocratique, populaire et transparent ; puis sa ratification par referendum dans tous les Etats.
Nous appelons toutes celles et tous ceux qui veulent cette Europe là à se mobiliser, à faire converger leurs initiatives et à unir les forces pour expliquer le véritable contenu du nouveau traité, dénoncer la tromperie et pour ouvrir une nouvelle perspective d'une Europe démocratique, sociale, écologique et solidaire.
Pour éviter que le peuple tranche, Sarkozy veut faire adopter le nouveau traité par la voie parlementaire. Rien ne dit qu'il pourra le faire. Les citoyens et les élus, quel qu'ait été leur vote le 29 mai 2005, doivent refuser que la démocratie et la volonté populaire soient bafouées et exiger un nouveau referendum.
Le 16 octobre 2007.
Premiers signataires :
AC! – AlterEkolo - Alternatifs - ATTAC - Cactus La Gauche – Confédération Paysanne - Coordination des Groupes de Femmes Egalité - Coordination nationale des collectifs antilibéraux - Démocratie & Socialisme - Fondation Copernic - Forces Militantes - LCR - Marches européennes - MARS Gauche Républicaine - PCF - PCOF - Pour la République Sociale - Réseau Féministe Ruptures – Union des Familles Laïques - Union syndicale Solidaires ...
GRENELLE ALTERNATIF et Citoyen
Ile-de-France
le dimanche 21 octobre de 14h à 18h
Bourse du Travail de Saint-Denis
9-11 rue Génin - Métro Porte de Paris
PROGRAMME
14h-16h : ATELIERS
Agriculture, OGM, agrocarburants
Avec G. Kastler (les Amis de la Terre), J. Testart (Fondation Sciences Citoyennes), A. Apoteker (Greenpeace), P. Sadonnes (Réseau Action Climat), F. Nicolino (journaliste écrivain)
Eau
Avec J.L. Touly (Association pour un contrat mondial de l’eau), J. Perreux (vice-président du Conseil général du Val de Marne), Collectif Eau de Paris, Eau Secours 31
Energie, Climat
Avec Ph. Mühlstein (Attac), C. den Hartigh (les Amis de la Terre), B. Dessus (Global Chance), S. Lhomme (Sortir du Nucléaire), le Réseau Action Climat
Déchets et modèle de société
Avec A. Cicolella (chercheur en santé environnementale), F. Couraud (Centre national d’information indépendante sur les déchets), le Collectif contre l’implantation d’un incinérateur à proximité de l’agglomération clermontoise, la Coordination nationale médicale santé environnement
16h - 18h : FORUM FINAL
Avec Attac, Greenpeace, la CGT, la Confédération Paysanne, la FSU, le CADTM, les Amis de la Terre, Solidaires, Sortir du Nucléaire
En lancant un appel aux chefs, aux gouvernements et aux peuples de la
planète, le premier président indigène de la Bolivie, a dit que
« la
planète, la terre mère, ne peut pas être une marchandise.
Seul le changement du modèle de développement
capitaliste nous
permettra de sauver la planète »
Discours d'Evo Morales à l'ONU : 24 septembre 2007
"Soeurs, frères, Présidents et chefs d'Etat des nations Unies :
le monde est
saisi de la fièvre du changement climatique et
la maladie se nomme le
modèle de développement capitaliste.
Tandis que en 10.000 années
l'augmentation du dioxyde de Carbone (CO2)
sur la planète a été
approximativement de 10%, dans les derniers
200 dernières années de
développement industriel,
la croissance
des émissions de carbone a été de
30%. Depuis 1860, l'Europe et le nord de l'Amérique contribuent à 70%
desémissions de CO2. 2005 a été l'année la plus chaude du dernier millenaire
planétaire.
Différentes recherches démontrent que sur les 40.170 espèces vivantes
recensées, 16.119 sont menacées d'extinction. Un oiseau sur huit peut
disparaître pour toujours. Un mamifère sur quatre est menacé. Un amphibie
sur trois peut cesser d'exister. Huit crustacés sur dix et trois insectes
sur quatre sont en risque d'extinction. Nous vivons la sixième crise
d'(extinction des espèces vivantes dans l'histoire de la planète terre, le
rythme d'extinction est cent fois plus rapide que celle des temps
géologiques.
Devant ce sombre futur , les interêts des transnationale imposent de
poursuivre comme si rien n'était et de peindre la machine en vert,
c'est-à-dire, poursuivre avec cette croissance et ce consumérisme
irrationnel et inégal générant plus et plus de profit sans se rendre
compte que actuellement nous sommes en train de consommer en un an
ce que
la planète produit en un an et trois mois. Devant cette réalité,
la
solution ne peut être le maquillage environnemental.
Pour pallier les impacts du changement climatique je lis dans des rapports
de la banque Mondiale qu'il faut en terminer avec les subventions aus
hydrocarbures, payer le prix de l'eau et promouvoir les investissement
privés dans les secteurs d'énergie propre. A nouveau il veulent appliquer
les recettes du marché et de la privatisation pour faire des affaires même
avec la maladie que ces politiques ont engendré. La même logique
s'applique dans le cas des biocombustibles alors que pour produire un
litre d'éthanol il faut 12 litre d'eau. De la même manière pour avoir une
tonne d'agro-combustible il faut occuper un hectare de terre.
Devant cette situation, nous- les peuples indigènes et les habitants
humbles et honnêtes de cette planète- nous croyons qu'est arrivé le temps
de stopper pour renouer avec nos racines, avec le respect du à la mère
terre, avec la Pachamama comme nous l'appelons dans les Andes.
Aujourd'hui, les peuples indigènes de l'Amérique latine et du monde nous
sommes en train d'être convoqués par l'histoire pour devenir l'avant-garde
de la défense de la nature et de la vie.
Je suis convaincu que la déclaration des nations Unies sur les droits des
peuples indigènes, approuvée récemment après tant d'années de lutte, doit
passer du papier à la réalité pour que nos savoirs et notre participation
nous aident à construire un nouvel avenir d'espérance pour tous.
On ne saurait se passer des peuples indigènes pour que s'opère le virage
de l'humanité pour la préservation de la nature, des ressources naturelles
que nous utilisons d'une manière ancestrale. Nous avons besoin d'un coup
fort de gouvernail, fondamental et à un niveau mondial pour arrêter d'être
les condamnés de la terre. Les pays du Nord doivent réduire leurs
émissions de carbone entre 60 et 80 % si nous voulons éviter que la
température croisse de plus de 2 grades prévus que le réchauffement global
atteigne des proportions catastrophiques pour la vie et la nature.
Nous devons créer une Organisation mondiale du milieu ambiant avec un
pouvoir inaliénable, et discipliner l'organisation mondiale du Commerce
nous engageant sur la voie de la barbarie. Il n'est pas possible de parler
de croissance de produit Brut national sans prise en compte de la
destruction et l'épuisement des ressources naturelles,
Nous devons adopter un indicateur qui permette la prise en compte, d'une
manière combiné, de l'indice du Développement humain et de l'empreinte
écologique pour mesurer notre situation médio-environnemental. Il faut que
soient appliquées de forts impôts sur la super concentration de la
richesse et que soient adoptés des mécanismes effectifs de redistribution
équitables. Il n'est pas possible que trois familles aient les revenus
supérieurs au PIB réunis de 48 pays les plus pauvres. Nous ne pouvons
parler d'équité et de justice social tout en perpétuant cette situation.
les Etats Unis et l'Europe consomment, en moyenne, 8,4 fois plus que la
moyenne mondiale. Pour eux il est necessaire de baisser le niveau de
consommation et de reconnaître que tous nous sommes les hôtes
d'une même
terre, de la même Pacamama.
je sais que ce n'est pas facile d'opérer un changement quand une partie
extrêmement puissante est invitée à renoncer à ses extraordinaires profits
pour que survive la planète Terre. Dans mon propre pays, je souffre avec
le front haut, ce sabotage permanent pour que soient maintenus leurs
privilèges parce que nous sommes en train d'en finir avec les privilèges
pour que tous nous puissions « vivre bien » et non mieux que nos
semblables.
Je sais que le changement dans le monde est beaucoup plus difficile que
dans mon pays, mais j'ai une absolue confiance dans l'être humain, dans sa
capacité de raisonner, d'apprendre de ses erreurs, de récupérer ses
racines et de changer pour forger un monde juste, divers, intégrant,
équilibré et harmonieux avec la nature."
Evo Morales Ayma Presidente de la República de Bolivia. Source : Gilles Smedts
Corr. Trad : Ptit Pierre http://acontrecourant.be/1964.html
Il s'agit d'une traduction au fil de la lecture,
Il y a actuellement une pétition qui circule pour demander qu'Evo Morales
soit prix Nobel, Adhésions et signaturessolidaridad@evonobel2007.org
Campaña Internacional "EVO MORALES PREMIO NOBEL DE LA PAZ 2007″
--
MARCHE, RASSEMBLEMENT POUR LE MORATOIRE SUR LES OGM ETRÉUNION INFORMATION ET DÉBATS
PARIS 13 OCTOBRE 2007
A l’appel des associations, organisations et syndicats, initiateurs de l’Appel d’Orléans, une Marche nationale pour le Moratoire OGM se déroulera de Chartres à Paris
du 9 au 13 Octobre 2OO7 *.
Jean-Louis Borloo, Ministre d’Etat en charge du Grenelle de l’Environnement, a déclaré : << Sur les OGM, tout le monde est d’accord : on ne peut pas contrôler la dissémination. Donc, on ne va pas prendre le risque >>
Au delà de cette déclaration de principe et au vu des réactions qu ‘elle a provoqué chez les céréaliers et à la FNSEA, la mobilisation doit être amplifiée, notamment du 5 au 20 octobre, période des 17 réunions publiques du Grenelle en région.
C’est pourquoi, point d’orgue de cette marche, les Marcheurs etles nombreux acteurs de la luttepour la liberté et le droit de produire et consommer sans OGM défilerontle SAMEDI13 OCTOBRE 2007 dans Paris avec les produits de qualité (fromages, salaisons, etc.,…) emblématiques du modèle d’agriculture qu’ils défendentpour se rassemble vers 13 havant de tenir l’après-midi une grande réunion publique d’information et de débats.
Fin octobre aura lieu le « Grenelle de l’environnement ». Le président de la République dit vouloir mettre en œuvre une réelle politique de l’environnement. Mais il ne veut pas remettre en cause les mécanismes et orientations industrielles et économiques qui détruisent l’environnement et les liens sociaux, qui excluent les citoyens des prises de décision les plus importantes pour leur présent et leur avenir.
L’explosion du transport routier pendant que l’on ferme les gares et que le fret ferroviaire s’amenuise chaque jour en est une illustration parmi d’autres. Le réchauffement climatique ne peut pourtant plus être sous-estimé, et les responsabilités du transport routier sont reconnues par tous.
De même, les conséquences désastreuses de la culture des OGM en plein champ, le développement des agrocarburants et des pesticides, le gaspillage de l’eau, tout ce qui fait le quotidien de l’agriculture intensive, sont autant de facteurs de pollution dans les campagnes.
A l’échelle planétaire, la raréfaction des ressources naturelles, dont l’eau, et la disparition de milliers d’espèces vivantes sont déjà des catastrophes bien présentes.
Les incinérateurs ou l’utilisation de l’amiante pendant des décennies sont toujours les causes de nombreuses maladies.
Quant aux tentatives de relance de l'industrie nucléaire, en France avec le réacteur EPR et dans toutes les régions du monde, y compris les moins stables, elles se sont faites sans débat malgré de gros risques encourus.
Autant de questions, parmi d’autres, qui doivent être prises à bras le corps pour déboucher sur une modification en profondeur de ces politiques agricoles, industrielles, énergétiques ou de transports qui nous mènent droit à la catastrophe
La mobilisation citoyenne est aujourd’hui nécessaire pour que cette échéance ne se réduise pas à une simple opération de communication gouvernementale et à des mesurettes totalement inadaptées à l’urgence de la situation. C’est pourquoi les organisations soussignées appellent à organiser dans toute la France des « Grenelles alternatifs et citoyens » ou toutes autres initiatives, afin que chacun se saisissent de ces questions et exigent des décisions concrètes, immédiates et courageuses.
En effet quel sens aurait un « Grenelle de l’environnement » qui ne déboucherait pas -il aurait d’ailleurs dû commencer par là- sur l’instauration de moratoires sur des sujets parmi les plus sensibles, moratoires qui permettraient de poser les bases de véritables débats publics et d’élaborer collectivement des alternatives aux politiques qui détruisent la planète ? Une exigence, pour les organisations de défense de l’environnement, est que soient instaurés des moratoires fermes pour des durées significatives sur le nucléaire, la culture d’OGM en plein champ, la construction d’autoroutes et d’incinérateurs.
À l’occasion du Grenelle, et à l’appel des organisations écologistes, altermondialistes, syndicales, les citoyennes et citoyens doivent s’emparer des grandes questions écologiques afin de co-élaborer des alternatives au type actuel de développement. Et ce en tout indépendance vis-à-vis du gouvernement.
Nous appelons donc tous et toutes à se rassembler et à agir dans tout le pays pendant le mois d’octobre : manifestations, actions spectaculaires, festivals, forums… pour faire entendre la voix de l’urgence environnementale, sociale et démocratique.
Par Christian Jacquiau
auteur - des
Coulisses de la grande distribution,
Albin Michel, Paris, 2000. Mais aussi-Les coulisses du commerce équitable. Mensonges et vérités sur un petit business qui monte, Mille et une nuits, Paris, 2006.
« Comme les pouvoirs qui nous gouvernent, économiques et politiques, croient qu’un changement radical de nos modes de vie et un renoncement au « progrès » seraient le prix à payer pour éviter le désastre, et que cela leur paraît irréalisable, l’occultation du mal s’ensuit inévitablement. » Jean-Pierre Dupuy interroge notre incapacité à réagir devant les crises systèmiques qui s’amoncèlent.
Jean-Pierre Dupuy, philosophe et polytechnicien, s’entretient avec l’Expansion.Qu’est-ce qui vous permet de dire que « notre monde va à la catastrophe » ? Je ne dis pas que la chose est certaine, mais que, si elle se produit, on pourra affirmer rétrospectivement (s’il reste encore des humains pour le penser) que telle était la destinée de l’aventure humaine. Or c’est un destin que nous pouvons choisir d’écarter. Si nous sommes engagés sur un chemin suicidaire, rien ne nous interdit d’en changer.Il existe une « horloge de l’apocalypse » (Doomsday clock), mise au point en 1947 par des physiciens atomistes qu’avait choqués Hiroshima. Elle indique le nombre de minutes symboliques qui nous séparent de minuit, c’est-à-dire de la fin du monde. L’aiguille a d’abord été fixée à sept minutes avant le moment fatal. Avec l’avènement de la bombe H, en 1953, elle a été avancée à moins deux minutes, pour revenir à moins dix-sept après la chute du mur de Berlin.Depuis janvier dernier, nous sommes à moins cinq de minuit, plus près qu’en 1947, donc. Pour trois motifs : une nouvelle ère nucléaire, caractérisée par la prolifération et par le terrorisme ; le réchauffement climatique ; la perte de contrôle de certaines technologies avancées.Il ne s’agit donc plus seulement de la menace nucléaire ? Les plus grands scientifiques reconnaissent que l’humanité peut recourir à deux méthodes pour s’éliminer elle-même : la violence intestine, la guerre civile à l’échelle mondiale, mais aussi la destruction du milieu nécessaire à sa survie.Ces deux moyens ne sont évidemment pas indépendants. Les premières manifestations tragiques du réchauffement climatique ne seront pas la montée des océans, les canicules, la fréquence des événements extrêmes, l’assèchement de régions entières. Ce seront les conflits et les guerres provoqués par les migrations massives que l’anticipation de ces événements déclenchera.Une autre anticipation génératrice de guerres est liée à l’épuisement des ressources fossiles : les grandes puissances consommatrices se battront avec l’énergie du désespoir pour s’approprier la dernière goutte de pétrole et la dernière tonne de charbon, alors que, paradoxalement, nous ne devrions pas extraire du sous-sol plus du tiers du carbone qui s’y trouve encore enfoui si nous voulons éviter une catastrophe climatique majeure.Et pourquoi ne trouverions-nous pas des réponses avec de nouvelles inventions, par exemple la fusion à froid ? Elle arrivera beaucoup trop tard. On frémit d’effroi lorsqu’on apprend qu’aucun scénario dressé par les organismes spécialisés ne comporte de solution réaliste pour passer le cap des années 2040-2050. S’il y a une chose que nous ne pouvons plus nous permettre, c’est de nous abandonner à l’optimisme scientiste qui compte uniquement sur la technique pour nous sortir des impasses où nous a mis la technique.De plus, nous ne voulons pas de la survie à n’importe quel prix. La fission nucléaire se dit capable, avec les futurs générateurs à neutrons rapides, de produire de l’électricité sûre en utilisant un matériau fissile très abondant et en recyclant une partie des déchets. Soit. Mais à quel prix en termes politiques ?Choisir cette technique, c’est choisir un type de société qui s’oblige à ne faire aucune erreur sur des durées invraisemblables. Je ne crois pas que cela soit compatible avec les principes d’une société ouverte, démocratique et juste. La façon dont la catastrophe de Tchernobyl a été gérée par la nucléocratie mondiale en fournit une bien triste illustration.Vous pensez donc que la réponse est le « catastrophisme éclairé ». De quoi s’agit-il ? Ce n’est certainement pas la solution à nos problèmes, laquelle ne peut être que politique. Mais c’est une attitude philosophique qui entend briser l’obstacle sur lequel achoppent les politiques de « précaution » : même lorsque nous savons que la catastrophe est devant nous, nous ne croyons pas ce que nous savons.Ce n’est pas l’incertitude qui nous retient d’agir, c’est l’impossibilité de croire que le pire va arriver. Le 6 août 1945 est une date charnière dans l’histoire de notre espèce. Ce jour-là, l’humanité est devenue capable de se détruire elle-même, et rien ne lui fera jamais perdre cette toute-puissance négative. Ce qui nous a épargné une apocalypse nucléaire, ce serait la dissuasion.Mais la dissuasion est un jeu extrêmement périlleux consistant à faire de l’anéantissement mutuel un destin. Dire qu’elle fonctionne signifie simplement ceci : tant qu’on ne le tente pas inconsidérément, il y a une chance pour que le destin nous oublie - pendant un temps, peut-être long, voire très long, mais pas infini.Ce que j’appelle le « catastrophisme éclairé » s’inspire de cette démarche. Il nous faut vivre désormais les yeux fixés sur cet événement impensable - l’autodestruction de l’humanité -, avec l’objectif, non pas de le rendre impossible, ce qui serait contradictoire, mais d’en retarder l’échéance le plus possible. Nous sommes entrés dans l’ère du sursis. Le catastrophisme éclairé est une ruse qui consiste à faire comme si nous étions victimes d’un destin tout en gardant à l’esprit que nous sommes la cause unique de notre malheur.Comment expliquer notre auto-aveuglement ? Sur la base de nombreux exemples, un chercheur anglais a dégagé ce qu’il appelle un « principe inverse d’évaluation des risques » : la propension d’une communauté à reconnaître l’existence d’un risque, explique-t-il, serait déterminée par l’idée qu’elle se fait des solutions. Comme les pouvoirs qui nous gouvernent, économiques et politiques, croient qu’un changement radical de nos modes de vie et un renoncement au « progrès » seraient le prix à payer pour éviter le désastre, et que cela leur paraît irréalisable, l’occultation du mal s’ensuit inévitablement.Les raisons de notre cécité sont multiples. L’extrême division du travail joue un rôle. Des productions que l’on s’accorde à juger superflues ou même nuisibles sont légitimées par le travail qu’elles fournissent à la population. La raison principale a trait à notre rapport au temps qui précède la catastrophe. Nous ne tenons celle-ci pour possible qu’après qu’elle a eu lieu.C’est bien là la source de notre problème. Car prévenir la catastrophe implique de croire en sa possibilité avant qu’elle ne se produise. Mais, si on réussit à la prévenir, sa non-réalisation la maintient dans le domaine de l’impossible, et les efforts de prévention apparaissent rétrospectivement inutiles.
Cela s’est passé avec le « bogue de l’an 2000 ».Vous semblez porter une critique de la technique, comme si elle contenait le mal ? Certainement pas. Je dois au contraire me déprendre de la fascination qu’elle exerce sur moi. La technique a fait partie intégrante de ma formation initiale, parfaitement rationaliste. Lorsque j’en parle, je sais ce dont il s’agit, et je suis l’un des rares philosophes, en France, qui mettent au coeur de leur pensée la philosophie de la technique. C’est parce que je prends la technique comme objet de ma réflexion critique qu’on croit que je la récuse, ce qui est absurde.On répète souvent, y compris chez les philosophes, que la technique est l’instrument du rêve que Descartes impute à l’homme moderne, « se rendre comme maître et possesseur de la nature ». Lorsqu’on est critique, on ajoute que ce rêve a mal tourné, et qu’il convient de regagner la « maîtrise de la maîtrise ». C’est se tromper d’époque. C’est rester prisonnier d’une conception de la technique qui voit en celle-ci une activité rationnelle, soumise au calcul des moyens et des fins. C’est rater ce qu’il y a de profondément inédit dans les technologies actuelles.Avec la « convergence » entre les nanotechnologies et les biotechnologies, l’homme prend la relève des processus biologiques, il participe à la fabrication de la vie. Or celui qui veut fabriquer de la vie ne peut pas ne pas viser à reproduire sa capacité essentielle, qui est de créer à son tour du radicalement nouveau. Son ambition étant en dernière instance de déclencher dans la nature des processus complexes irréversibles, l’ingénieur de demain sera un apprenti sorcier non par négligence ou par incompétence, mais par dessein. C’est effrayant et fascinant à la fois. La condamnation ou l’indignation morales seraient des réponses un peu courtes à cette mutation profonde de la technologie.Mais l’humanité a toujours fait ce qu’elle pouvait faire, elle ne s’est jamais autolimitée... Sur les plans social et politique, l’humanité s’est toujours autolimitée - sinon, il n’y aurait pas eu de société humaine possible. C’est par des systèmes d’interdits et d’obligations garantis par le sacré que les sociétés traditionnelles y parvenaient. L’idéal politique moderne, que Rousseau appelle la liberté, et Kant, l’autonomie, consiste à se donner des lois à soi-même et à les respecter. L’autonomie, c’est l’autolimitation.C’est la désacralisation (ou « désenchantement ») du monde, sans doute déclenchée par le travail souterrain du judaïsme et du christianisme, qui a introduit l’illimité dans notre univers et qui a permis le développement sans bornes, en effet, des sciences et des techniques. Le défi est de fonder les limites sur notre seule volonté libre, dans le cadre d’une démocratie. Le scénario le plus probable est hélas qu’une forme ou une autre d’écofascisme nous privera de la liberté au nom de la survie. La panique qui s’emparerait des peuples de la Terre s’ils découvraient trop tard que leur survie est en jeu risquerait de faire sauter tous les verrous qui empêchent la civilisation de plonger dans la barbarie.Qu’est-ce qui convaincra le propriétaire d’un 4 x 4 d’abandonner son mode de vie ? Il s’agit surtout de ne pas moraliser, mais de faire voir que ce mode de vie est absurde, « contre-productif », comme disait mon maître Ivan Illich. J’ai montré naguère que l’automobiliste moyen sacrifiait le quart de sa vie éveillée à son engin, soit en se déplaçant effectivement, soit en travaillant pour se payer les moyens de ses déplacements. Rapporté à la distance moyenne parcourue, cela donne une vitesse de 7 kilomètres à l’heure. Le vélo est bien plus performant. Comme dans la fable, la tortue arrive bonne première.